Décidés à s’installer contre vents et marées

Rémy Salvage et Benoît Boyer murissent leur projet d’installation avec deux objectifs : un produit valorisé et un métier vivable. Rémy Salvage et Benoît Boyer murissent leur projet d’installation avec deux objectifs : un produit valorisé et un métier vivable.

Entretiens croisés : À 19 ans, Rémy Salvage et Benoît Boyer entament leur seconde année de BTS Acse avec la ferme intention de devenir paysans, coûte que coûte.

Ils ont tous les deux 19 ans, ont retrouvé il y a quelques semaines les bancs de l’amphi, celui du lycée Pompidou d’Aurillac, et depuis longtemps déjà, ils ne rêvent que d’une chose : être paysan. “Depuis tout petit, c’est une passion, dès que j’ai su marcher j’étais à la ferme”, sourit Rémy Salvage, originaire de Lavastrie, qui projette de s’installer en reprenant l’exploitation de son oncle, “peut-être avec ma soeur”. Avec un père comptable et une mère dans les services à la personne, Benoît Boyer aurait pu suivre une toute autre voie... Mais lui aussi est tombé sous le charme de la salers : “Mon oncle élève des salers à la sortie du village, à Chalinargues. Dès qu’il a besoin, ça m’a toujours plu d’aller lui donner un coup de main, raconte Benoît, qui, à la fin du collège, à commencer à envisager sérieusement cette voie professionnelle.
Après un Bac pro CGEA décroché à Bonnefon pour l’un, Volzac pour l’autre, les deux jeunes Cantaliens ont décidé de se donner toutes les chances de réussir en poursuivant leurs études par un BTS Acse(3). “Un simple Bac pro, ça ne suffit pas, estime Rémy. Aujourd’hui, il faut gérer une exploitation comme une entreprise, analyser ses coûts de production, suivre tout le volet administratif, comptable même si on ne fera pas le boulot d’un comptable. Et même avec un BTS, ça risque d’être juste.” Son voisin regrette lui que les cas de gestion étudiés en classe ne “montrent que des fermes qui tournent”. “Ce serait mieux de se pencher sur des fermes dans le rouge et de voir les solutions possibles”, affirme Benoît.

Les crises : “Il faudra faire avec”
Lucide sur les difficultés qui secouent l’élevage, sur la volatilité des cours des produits animaux qui va devenir la règle et les aléas multiples, ils ne se disent pas prêts à renoncer. “De la crise, on en parle bien sûr. Aujourd’hui, avec un prix du lait aussi bas, il faut se lever par passion. Ça va bien se redresser un jour, mais quand ? En plus cette année, il y a la sécheresse, maintenant la FCO... Une année comme celle-là, on espère ne pas en vivre souvent, c’est pire que 2003... On sait que ça va être dur”, lâche Rémy qui - quoi qu’il arrive - sera éleveur laitier un point c’est tout. “Depuis quatre générations on est paysan, ce serait vraiment dur de devoir quitter la ferme.”
“Mon oncle me dit souvent que je suis fou de m’engager dans l’agriculture mais en même temps, il est bien content que je reprenne un jour la ferme”, enchaîne Benoît, reconnaissant à ses parents de le laisser vivre sa passion “même si ma mère s’inquiète”. Et s’ils avaient un seul voeu à formuler : “De la lisibilité. Une vision à moyen terme ! Les paysans qui ont manifesté cet été, je les comprends.”

Qualité et commercialisation
Tous deux ont affiné leur projet d’installation avec l’idée de faire évoluer l’exploitation pour gagner en valeur ajoutée, convaincus que la qualité doit primer sur la quantité : “La quantité, avec la FCO et les broutards bloqués sur les exploitations, on voit que ça a ses limites”, juge Rémy. Ce dernier prévoit de basculer en séchage en grange pour mieux valoriser le lait du troupeau et plaide pour un cahier des charges resserré de l’AOP cantal. Sa priorité sera d’abord la construction d’un bâtiment moderne. “Je ne ferai pas une carrière comme celle de nos parents qui se sont usé le dos dans de vieux bâtiments”, tranche l’étudiant. Même ambition pour Benoît : pas question de conserver l’étable entravée de son oncle. Lui projette de diversifier l’élevage avec des veaux sous la mère et/ou de la transformation et de la vente directe de viande bovine pour mieux valoriser le produit. Les contraintes liées à l’élevage, l’astreinte en production laitière ? “Il faudra s’organiser pour avoir du temps pour soi, continuer le rugby...”, affiche Benoît. Tandis que Rémy, adepte de moto, a déjà évoqué avec sa soeur l’objectif de se libérer un week-end sur deux.

Le regard de la société : “On passe outre”
Benoît revendique haut et fort le qualificatif de “paysan” : “Pour moi, ce n’est pas péjoratif, au contraire, c’est bien le lien avec la terre, le pays...” Rémy se définira lui comme éleveur laitier. Mais sait les clichés qui collent aux bottes de sa profession : “Au collège, quand on disait qu’on était fils d’agriculteurs, on voyait bien que les autres nous regardaient bizarre, mais on a choisi ce métier, on assume. Et puis l’agriculture est devenue moderne, il n’y a qu’à voir nos outils, notre matériel, les bâtiments...” Une modernité que réfute paradoxalement la société : “Les pubs vantent une image nostalgique de l’agriculture.”

“Bouc émissaire
“Beaucoup disent que l’agriculture pollue, mais d’une part on est loin de ce que rejette l’industrie et puis ici, on est extensif avec des chargement à moins de 0,9 UGB...”, argumente Rémy. Comme lui, Benoît dit pleinement comprendre la finalité des politiques environnementales, mais beaucoup moins les contraintes qui en découlent. “C’est quelque chose de très pesant et on va être de plus en plus embêté avec ça : la mise aux normes,... Tout ça, ça coûte, après c’est l’engrenage et on a un peu l’impression d’être pris pour des boucs émissaires.”
Une meilleure valorisation et reconnaissance de leur métier et de leurs produits : voilà les aspirations, simples, de ces deux jeunes, qui, attendant de s’installer, envisagent une étape de salariat : pourquoi pas technicien aliment, contrôleur laitier ou dans le commerce de bétail, histoire d’appréhender d’autres aspects de la filière.

Patricia Olivieri

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