Rats taupiers : l’invasion de trop dans le Nord-Cantal

La terre a remplacé l’herbe sur le plateau du Cézallier du côté de Landeyrat. La terre a remplacé l’herbe sur le plateau du Cézallier du côté de Landeyrat.

Ravageurs : Les pullulations de rats taupiers sèment la désolation dans des élevages déjà touchés par la sécheresse, la crise et la FCO.

Sur les 140 hectares de l’exploitation du Gaec de La Peyrelade, ce n’est que désolation : partout sur les parcelles en contrebas de Saint-Saturnin et sur la montagne de Collandres des époux Loubeyre, les monticules de terre ont remplacé les prairies qui n’ont plus rien de vert en ce début d’automne. Ici, comme sur tout le plateau du Cézallier, “on est envahi ! C’est une catastrophe”, se lamente l’éleveur qui a dû affourager ses 65 mères salers dès leur sortie de l’étable mi-mai et tout l’été. Du jamais vu dans ce secteur du Cantal depuis au moins trois générations.
La faute à une fin de printemps froide et gélive mais aussi, et surtout, à l’ampleur inédite des pullulations de rats taupiers depuis l’automne 2014 qui ont dévasté les parcelles. Des rats, les Loubeyre en ont vus depuis que Laurent s’est installé en 1990. Mais comme cette année, jamais. “On y a droit tous les deux-trois ans du fait de parcelles en altitude (NDLR : 1 100 m). Là, il y en a partout. Et encore sur Landeyrat, c’est pire. Il y a des gars là haut qui vont rentrer les animaux sans le moindre stock hivernal”, relève l’agriculteur.

Déjà 100 tonnes de fourrage achetées
Conséquence directe de cette invasion, doublée d’une sécheresse sévère : des stocks fourragers divisés par deux avec 600 ballots de foin seulement récoltés et un regain sur lequel il a fallu faire une croix. Le couple a dû se résoudre à s’approvisionner en fourrage à l’extérieur alors que la trésorerie est déjà amputée par la crise de l’élevage. “Avec les rats, ç’en est fini de notre autonomie fourragère”, avance l’éleveur. Cent tonnes, de la luzerne et du foin, ont ainsi été achetées depuis l’été. De quoi tenir à peine plus de cinq mois. “Et encore, à condition que l’automne soit beau”, précise Mme Loubeyre. À condition aussi que la vingtaine de broutards prêts à partir à l’exportation ne soient pas immobilisés sur l’exploitation trop longtemps.
Le Gaec évalue au bas mot la facture de ses achats de fourrage à 50 000 euros. “On va encore devoir contracter des prêts auprès des banques...”, déplore le couple, qui s’inquiète pour la prochaine campagne. “Ce qui repousse derrière les rats, ce n’est que des chardons et du rumex, rien de bon pour les vaches, précise Laurent Loubeyre. En plus, ça déséquilibre toute la flore.” Le troupeau laitier du Gaec de Saint-Saturnin, qui transforme ses 250 000 litres en saint-nectaire fermier, est lui aussi impacté par ces pullulations de campagnols terrestres : “Avec toute cette terre, le risque de listeria sur les fromages est décuplé. D’ailleurs, 50 gars dans l’appellation ont dû arrêter de transformer à cause de ça. Et avec tout ce piétinement, la production laitière a nettement baissé”, alerte M. Loubeyre, en évoquant les sept kilos de terre retrouvés dans la panse d’une de ses vaches autopsiées. “Cela les empêche de ruminer, elles en crèvent !” Des vaches qui crèvent, des éleveurs qui trinquent et un risque sanitaire avéré de ces rats dont des cadavres sont régulièrement retrouvés dans les périmètres de captage d’eau.

“Prédateurs ou éleveurs : il faudra choisir”
Quant aux moyens de lutte précoce ou au piégeage avancés par les autorités et les associations écologistes, elles suscitent l’irritation : “Le beau-père et le fils, ils en ont attrapés 800 dans les pièges. Huit cents rats sur 140 ha, alors que sur une seule parcelle d’un hectare, on en compte plus de 1 000...”, s’agace le producteur. Comme ses collègues, ce dernier a peu apprécié l’intervention, lors de la dernière assemblée générale de l’interprofession saint-nectaire, de la député puydômoise EELV Danielle Auroi, visiblement plus sensible à l’impact des produits de lutte sur les prédateurs qu’à celui des rats sur l’activité agricole. “On est complètement démoralisé, reconnaît Mme Loubeyre. Et encore, on n’est pas les plus à plaindre...” Une détresse croissante qui s’est exprimée ces derniers jours sur des panneaux au bord des routes du Nord-Cantal.

P. Olivieri

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