Crise de l’élevage : “On ne sent pas le gouvernement suffisamment mobilisé”

Paris-Bruxelles : Face à des accords sur les prix “torpillés” et des “effets d’annonce” du ministre, les éleveurs appellent à de vraies décisions politiques pour préserver le modèle agricole familial français.

À l’aube d’une rentrée qui n’en est pas une pour le syndicalisme cantalien tant l’été a été l’un des plus chauds de ce XXIe siècle sur le front des mobilisations, c’est un bilan sans concession de la situation et des postures tant de l’État que des acteurs des filières animales qu’ont dressé jeudi midi les responsables de la FDSEA et des JA. “La crise pour nous est restée en l’état. Les annonces du gouvernement, notamment sur la trésorerie, n’étaient qu’un coup de com’, a taclé Patrick Bénézit. On a fait croire aux Français qu’il y avait 600 millions d’euros alors que c’est à peine 50 M€ de prise en charge d’intérêts, tout le reste, c’est du report de dettes !”

Prix : des “accords torpillés”
Quant aux accords sur les prix conclus en juin et juillet avec les acteurs des filières bovines et porcines, “aucun n’est respecté”, “ils sont même torpillés par une partie de la filière”, a dénoncé le responsable syndical. Pour preuve, en viande bovine, une hausse timide de 13 cts€/kg contre les 45 cts€ prévus cette semaine par l’accord du 17 juin, qui plus est “exclusivement concentrée sur les vaches”. En lait, le constat n’est guère plus florissant : selon les deux syndicats, seul un opérateur (NDLR : Sodiaal) a affiché son intention de tenir l’engagement d’un prix à la production de 340 €/T sur le mois d’août “mais pas jusqu’à la fin de l’année”. Lactalis serait sur une base de 312 € et les autres transformateurs sur des niveaux également bien inférieurs à l’accord de fin juillet.
“Que dire du cochon ! Là c’est carrément une coopérative, la Cooperl, qui flingue la mécanique, c’est extrêmement choquant !”, a poursuivi Patrick Bénézit. Les multiples actions syndicales des éleveurs auraient-elles été vaines ? Les éleveurs répondent par la négative relevant que depuis leurs contrôles hebdomadaires, les rayons de la grande distribution arborent désormais des viandes et lait d’origine hexagonale. “Que ce soit en viande bovine ou porcine, les GMS ont passé les hausses de prix nécessaires au respect des accords, sauf qu’elles n’ont pas été répercutées par les abatteurs, nos coopératives et les négociants”, s’indigne le patron de la FDSEA qui pointe aussi du doigt les fournisseurs de la restauraution hors foyer.
Si FDSEA et JA promettent de maintenir la pression sur “ceux qui continuent à ne pas jouer le jeu de l’élevage français”, ils estiment qu’aujourd’hui, les seuls véritables leviers sont d’ordre politiques. “Nous réclamons deux choses : des allègements de charges dont la liste exhaustive a été présentée lundi par la FNSEA et les JA au chef de l’État, mais surtout des mesures de régulation à l’échelle européenne”. Des dispositifs qu’ils appellent de leurs voeux depuis plusieurs semaines déjà pour désengorger des marchés impactés, entre autres, par l’embargo russe. “Il suffit que Bruxelles relève le prix d’intervention sur la poudre de lait et le beurre pour que rapidement, on voit le prix du lait remonter”, ont fait valoir les syndicalistes. En viande bovine, les solutions sont connues et ont déjà été éprouvées : “Des marchés à l’export existent pour du dégagement, notamment sur le pourtour méditerranéen”, ont redit ces derniers jours les responsables cantaliens aux secrétaires d’État Harlem Désir (aux Affaires européennes) et Axelle Lemaire (au Numérique) en déplacement dans le Cantal. En insistant : “Que les autorités européennes aient décidé d’en découdre avec Poutine, soit, mais il faut que Bruxelles en gère les conséquences sur les marchés agricoles !”

La pression sur Le Foll
Pour les paysans, la balle est donc aujourd’hui dans le camp de Paris et Bruxelles. Deux capitales qu’ils rallieront la semaine prochaine. Paris d’abord où jeudi 3 septembre 1 500 tracteurs sont attendus aux portes d’entrée de la capitale pour mettre la pression sur un ministre qu’il juge insuffisamment mobilisé sur le front européen : “On n’a pas entendu Stéphane Le Foll dire : “Je vais me battre à Bruxelles pour relever les prix d’intervention”, regrette, inquiet, le président de la FDSEA. Inquiet aussi de la dernière interview de Phil Hoggan, le nouveau commissaire européen à l’Agriculture, qui a préféré évoquer des “défis” plus qu’une “crise” agricole et réitéré ses réticences à relever les prix d’intervention en lait. D’où cette mobilisation des agriculteurs européens le 7 septembre, jour d’un Conseil extraordinaire des ministres de l’Agriculture de l’UE. En cas d’échec des discussions ? “Il faut qu’on obtienne au moins le droit de mettre en oeuvre ces mesures en France”, rétorquent FDSEA et JA. Dans le cas contraire, “les éleveurs ont montré tout l’été leur détermination”...


P.Olivieri

Plus d'infos à lire cette semaine dans L'union du Cantal. Droits de reproduction et de diffusion réservés.
Évaluer cet élément
(0 Votes)

CERFRANCE Cantal

Logo PleinChamp

logo MétéoFrance

Météo

Averses

12°C

Aurillac

Averses
Humidité: 87%
Vent: S-SO à 28.97 km/h
Vendredi
Orages dispersés
8°C / 13°C
Samedi
Averses
8°C / 13°C
Dimanche
Pluie
9°C / 16°C
Lundi
Partiellement nuageux
12°C / 20°C

Agenda

Aller au haut

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies afin de réaliser des statistiques d'audiences et vous proposer une navigation optimale ainsi que la possibilité de partager des contenus sur des réseaux sociaux.