Cop 21 : l’élevage bovins, un acteur engagé pour la planète

Département herbager par excellence, "le Cantal a sa place dans le débat, estime Bruno Dufayet. Il faut prendre la balle au bond, demain, ça pourrait devenir un critère d'accès au marché." Département herbager par excellence, "le Cantal a sa place dans le débat, estime Bruno Dufayet. Il faut prendre la balle au bond, demain, ça pourrait devenir un critère d'accès au marché."

Changement climatique : Via Interbev et la CNE, la profession multiplie les initiatives depuis le début d’année pour faire reconnaître son rôle positif dans la lutte contre le réchauffement du climat.

Ce devait être “L’évènement” français de cette fin d’année. La Cop 21, la conférence internationale sur le changement climatique, qui s’ouvrira lundi et qui devait attirer les feux médiatiques de la planète sur Paris. Une capitale bien plus dramatiquement mise sur le devant de la scène depuis. Si la menace terroriste est passée au premier plan des préoccupations des États et des citoyens, le réchauffement terrestre global constitue, de l’avis désormais d’une majorité d’experts, une épée de Damoclès tout aussi inquiétante au-dessus des têtes des générations futures qui n’attendra pas la fin de ce siècle. Quasi systématiquement mis au pilori pour ses émissions de gaz à effet de serre (GES, méthane essentiellement), le monde de l’élevage, en dépit d’une année 2015 cauchemardesque, a décidé de s’extraire de ce détestable statut de bouc émissaire pour s’affirmer comme un acteur notable - voire majeur - de la lutte contre le changement climatique.
Un choix courageux mais porteur et une stratégie offensive dont le Cantalien Bruno Dufayet est en première ligne, au sein de la CNE (Conférence nationale de l’élevage) et d’Interbev (interprofession nationale bovine). “L’idée, c’est vraiment d’anticiper, d’être pro-actif et de ne pas communiquer en réaction à des attaques comme on le fait d’ordinaire. Dans ce cas, on ne fait que ramer derrière les critiques...”, relève l’éleveur mauriacois de salers, désormais habitué à mener la controverse sur les plateaux télé. Si ce lobbying autour de la contribution positive de l’élevage bovins viande a débuté dès la veille du Salon de l’agriculture avec un colloque organisé par les ministères de l’Agriculture et des Affaires étrangères, c’est une réflexion conduite depuis trois ans qui a permis à la profession de s’approprier le dossier, chiffres clés à l’appui.

Dialogue avec les ONG
“Nous nous sommes rapprochés de la recherche et des instituts techniques, comme l’Institut de l’élevage, pour disposer de données scientifiques, concrètes, à la fois sur l’impact de l’élevage bovins viande sur le climat et sur son rôle dans le stockage du carbone, la qualité de l’eau, le paysage, le rôle des haies...”, liste Bruno Dufayet. Lui et ses collègues savent désormais expliquer sur le bout des doigts que 75 % du méthane émis par l’élevage en France est compensé par les puits de carbone que sont les prairies et les haies.
Cette connaissance fine du dossier s’est conjuguée avec un chantier a priori bien plus délicat : nouer le dialogue avec les ONG environnementales qui ont longtemps tiré à boulets rouges sur l’élevage français supposément uniformément “intensif” et pollueur. “Nous avons décidé de sortir du rapport de force systématique pour aller vers une concertation avec quatre principales ONG : WWF, la Fondation Nicolas Hulot, France nature environnement et Green Cross.” Un rapprochement contre-nature dont se défend l’éleveur allaitant : “Ces échanges nous ont permis de part et d’autre de nous connaître, de comprendre certaines interrogations des ONG, d’expliquer les vertus de nos pratiques, de montrer que concilier économie et écologie était possible. Bref, de lever des a priori nés d’une certaine méconnaissance de la réalité de l’élevage. Bien sûr, on n’est pas d’accord sur tout mais le message principal qu’on a aussi voulu faire passer c’est qu’il faut avoir une analyse globale sur ces questions : en voulant être efficace sur un seul critère, on peut en dérègler un autre. Par exemple, pour diminuer les émissions de GES, on pourrait se dire qu’il faut faire du zéro pâturage, raccourcir le cycle de vie des animaux... mais ce n’est pas du tout le modèle qu’on prône.”

Les lignes bougent...
Les lignes ont-elles bougé du côté des détracteurs ? Oui, assure Bruno Dufayet, du moins chez les ONG. Lors d’un forum organisé le 20 novembre à l’Élysée par Nicolas Hulot, suite à sa rencontre en Auvergne avec Bruno Dufayet, ces organisations ont été les premières, aux côtés d’Interbev, à reconnaître les atouts de la filière bovins viande, à laquelle elles demandent de poursuivre ses efforts. “Quand je suis arrivé sur l’élevage (NDLR : auvergnat) où j’étais attendu, je m’attendais à une confrontation. En réalité, j’ai rencontré des hommes et des femmes pleins d’espoir, parfois avec un peu d’amertume mais surtout empreints de volonté, avec un esprit d’ouverture”, a pour sa part témoigné à la tribune Nicolas Hulot.
Dans les états majors ministériels et gouvernementaux, les positions ont elles aussi évolué, avec un François Hollande pour qui “l’agriculture n’est pas un problème, c’est une solution”. Stéphane Le Foll a lui annoncé un “plan pour montrer que l’élevage est exemplaire” par rapport au climat. Dans le cadre de la Cop 21, Interbev et ses émissaires tels l’éleveur cantalien multiplient les initiatives de cette croisade pacifique. “Ça n’empêchera pas qu’il y ait toujours des attaques, mais on montre à la société qu’on est dans l’action”, affirme Bruno Dufayet, qui voit aujourd’hui davantage les mouvements végétariens et welfaristes monter au front. Un nouveau chantier pour la filière, qui, au sein d’Interbev, a prévu de créer un groupe sur le sujet du bien-être animal.
Et ses collègues éleveurs, qu’en pensent-ils de tout ça ? “On ne se lève pas le matin en se disant qu’on va lutter contre le changement climatique, mais on voit bien, avec les sécheresses, les épisodes de fortes pluies qui se multiplient... que nos systèmes de production pourraient en être les premières victimes et qu’on a intérêt à s’en soucier”, assure Bruno Dufayet.


Patricia Olivieri

Plus d'infos à lire cette semaine dans L'union du Cantal. Droits de reproduction et de diffusion réservés.
Évaluer cet élément
(0 Votes)

CERFRANCE Cantal

Logo PleinChamp

logo MétéoFrance

Météo

Partiellement nuageux

15°C

Aurillac

Partiellement nuageux
Humidité: 73%
Vent: E à 17.70 km/h
Mardi
Orages
15°C / 24°C
Mercredi
Orages dispersés
11°C / 16°C
Jeudi
Orages dispersés
10°C / 13°C
Vendredi
Orages dispersés
8°C / 14°C

Agenda

Aller au haut

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies afin de réaliser des statistiques d'audiences et vous proposer une navigation optimale ainsi que la possibilité de partager des contenus sur des réseaux sociaux.