Groupama lance son assurance prairies

“Contrairement aux céréaliers, l’éleveur confronté à une perte de production fourragère est contraint de racheter de la marchandise pour nourrir son troupeau à un moment où les fourrages sont chers. C’est la double peine”, estime Guy Lavigne. “Contrairement aux céréaliers, l’éleveur confronté à une perte de production fourragère est contraint de racheter de la marchandise pour nourrir son troupeau à un moment où les fourrages sont chers. C’est la double peine”, estime Guy Lavigne.

Risques climatiques : Le 18 janvier, les éleveurs pourront souscrire auprès de Groupama un contrat d’assurance pour couvrir le risque de déficit fourrager. Explication avec Guy Lavigne.

 Groupama va officiellement lancer dans quelques jours, le 18 janvier, son contrat d’assurance prairies. C’est l’aboutissement d’un long serpent de mer...
Guy Lavigne, président de la Fédération départementale du Cantal de Groupama d’Oc et administrateur de la Fédération nationale de Groupama : “C’est une réflexion que Groupama mène en effet depuis 2006, suite à une volonté claire de l’État de se désengager ou du moins de s’engager différemment dans la couverture des risques agricoles. Dans un premier temps, nous avons travaillé sur les grandes cultures - avec aujourd’hui environ 30 % de la sole céréalière assurée -, sur la viticulture et l’arboriculture. Groupama s’est ensuite attelé jusqu’en 2010 à la question des prairies, les seules à rester dans le fonds des calamités mais avec, là aussi, une demande des pouvoirs publics de voir arriver sur le marché des contrats assurantiels. Nous avons beaucoup oeuvré sur ce dossier, cherché un process adapté à l’élevage mais face à des besoins de réassurance très importants - en cas de sécheresse généralisée à tout le territoire national - on a un peu laissé tomber. Une réassurance qui était d’ailleurs demandée en parallèle par la profession agricole. Nous avons rouvert le dossier en 2014, l’État ayant exercé une forte pression sur les assureurs pour proposer un contrat subventionnable par la nouvelle Pac.
Notre objectif était de mettre en commercialisation notre contrat en janvier 2016, au vu des évolutions défavorables du fonds des calamités agricoles : ponctionné de 255 M€ par l’État fin 2015, et désormais alimenté de moitié puisque la taxe de 11 % prélevée sur l’ensemble des produits d’assurance des dommages agricoles pour l’abonder est passée à 5,5 %. À très court terme, ce fonds ne disposera donc plus de beaucoup de moyens.”

Concrètement, quel va être le fonctionnement de cette assurance prairies ?
G. L. : “Contrairement à l’assurance grandes cultures, qui porte sur le manque de rendement, l’assurance prairie vise à indemniser un déficit fourrager quel que soit l’aléa climatique qui a impacté la pousse de l’herbe : grands froids, forts vents et bien sûr sécheresse. Ce déficit correspond à l’écart entre la production fourragère de l’exploitation d’une année normale (moyenne sur cinq ans à laquelle on enlève les deux années extrêmes) et la production de l’année. Cette dernière est estimée à partir de données satellitaires issues d’une compilation hebdomadaire de photos satellites réalisées quotidiennement. Ces données sont recueillies sur 20 000 petites régions agricoles correspondant à des zones fourragères homogènes. Il n’y aura donc à aucun moment d’expertise sur le terrain.
La production de référence de l’exploitation (année “normale”) sera celle déclarée par l’exploitant. Elle est basée sur le nombre d’UGB du troupeau multiplié par 5 tonnes de matière sèche (besoins alimentaires estimés pour une UGB). À cette production, on retire toutes les productions venant par ailleurs (surfaces en maïs, achats de fourrages), ce qui permet d’évaluer le capital fourrager à assurer. Sachant que les règles européennes plafonnent à 900 €/ha le capital assurable, et à 1 400 €/ha pour les surfaces les plus intensives (prairies artificielles).”

Les modèles d’évaluation de la pousse de l’herbe jusqu’à présent utilisés ont été décriés par la profession. Quelle est la fiabilité de celui-ci ?
G. L. : “Ce dispositif baptisé Astrium est plus pertinent comme nous avons pu le démontrer récemment en l’appliquant sur un historique de douze années de la ferme Cantal.”

Comment se fera la reconnaissance du sinistre ?
G. L. : “Il n’y a aucune déclaration à faire, le logiciel est à même de définir la sinistralité à partir des données mesurées en fin de période (avril-fin octobre).”

Quid de l’indemnisation ?
G. L. : “Le contrat repose sur deux critères : un seuil d’intervention fixé à 30 % de pertes (30 % de déficit fourrager) et une franchise qui ne peut être inférieure à 20 %. Sachant que ces deux critères sont modulables.”

Et le coût du contrat ?
G. L. : “En intégrant la subvention de la Pac, le reste à charge pour l’assuré sera de l’ordre de 10-12 €/ha. Le contrat devra être souscrit avant le 31 mars, l’appel de cotisation se fera dans l’année et l’aide de l’Union européenne sera versée l’année suivante.”

Les éleveurs ne seront-ils pas tentés de miser sur une intervention du fonds calamité tant que celui-ci n’est pas définitivement supprimé ?
G. L. : “Au vu de ce qui s’est passé en 2015, des restrictions opérées, des velléités fortes de l’État d’aller vers un modèle assurantiel, il y a plus de chance d’être couvert par un fonds privé que par un fonds calamité quasiment plus alimenté. La décision appartient ensuite à l’éleveur : s’il ne veut pas prendre un trop grand risque de perdre 50 000 € du fait de deux années de sécheresse, mieux vaut qu’il souscrive une assurance pas très chère. S’il veut être payé rubis sur ongle, il peut attendre une hypothétique intervention du fonds calamité. En tout état de cause, cette assurance prairies aurait été plus adaptée si on avait obtenu la possibilité d’abaisser le seuil d’intervention, fixé par les pouvoirs publics, en-dessous de 30 %.”

Quels objectifs commerciaux vous-êtes vous fixés sur ce contrat ?
G. L. : “Aucun. Il n’y a sur ce produit aucune volonté commerciale de la part de Groupama. Nous avons fait notre boulot et proposé cette assurance prairies dans la seule volonté d’accompagner les éleveurs qui voudront couvrir les coups durs que peut réserver une année de sécheresse.”


Propos recueillis par P. Olivieri

Plus d'infos à lire cette semaine dans L'union du Cantal. Droits de reproduction et de diffusion réservés.
Évaluer cet élément
(0 Votes)

CERFRANCE Cantal

Logo PleinChamp

logo MétéoFrance

Météo

Globalement nuageux

1°C

Aurillac

Globalement nuageux
Humidité: 85%
Vent: E-SE à 11.27 km/h
Mercredi
Partiellement nuageux
3°C / 13°C
Jeudi
Globalement nuageux
7°C / 13°C
Vendredi
Globalement nuageux
6°C / 13°C
Samedi
Pluies dispersés
2°C / 9°C

Agenda

Lun Mar Mer Jeu Ven Sam Dim
1
2
3
4
5
6
7
8
9
10
11
12
13
14
15
16
17
18
19
20
21
22
23
24
25
26
27
28
29
30
Aller au haut

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies afin de réaliser des statistiques d'audiences et vous proposer une navigation optimale ainsi que la possibilité de partager des contenus sur des réseaux sociaux.