FNPL : Avec les AOP, “vous êtes dans le vrai”

Thierry Roquefeuil : “L’objectif pour nous est de retrouver un axe franco-allemand afin d’impulser une politique européenne qui ne soit pas guidée par le seul marché, laissant les industriels et les producteurs se livrer une concurrence féroce.” Thierry Roquefeuil : “L’objectif pour nous est de retrouver un axe franco-allemand afin d’impulser une politique européenne qui ne soit pas guidée par le seul marché, laissant les industriels et les producteurs se livrer une concurrence féroce.”

Thierry Roquefeuil, président de la FNPL, était l’invité lundi à Aurillac de la section laitière de la FDSEA 15, couplée à un conseil dédié à la crise laitière.

L’horizon peine à s’éclaircir pour les producteurs de lait plongés dans une compétition européenne dévastatrice, avec un prix du lait qui continue de dégringoler...
Thierry Roquefeuil, président de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL) : 
“Il ne faut pas oublier que la France est sur un schéma de saisonnalité qui fait que le prix du lait est toujours plus bas au printemps. 
Et cette année, plus qu’une autre, on espère que ce prix sera le point bas de 2016. Mais c’est vrai qu’au vu de ce qui se passe en Europe, on est inquiet. La mesure de régulation volontaire de la production actée par Bruxelles n’a pas vraiment trouvé d’écho, notamment chez les pays d’Europe du Nord dont les producteurs souhaitent continuer à produire à plein, soutenus par les entreprises.
On commence cependant à percevoir quelques petits bémols “en off” à cette stratégie du côté des Allemands. L’objectif pour nous est de retrouver un axe franco-allemand afin d’impulser une politique européenne qui ne soit pas guidée par le seul marché, laissant les industriels et les producteurs se livrer une concurrence féroce. Sachant que l’Europe ne fait qu’alimenter cette concurrence en apportant des aides à la promotion à l’exportation sur des marchés extérieurs qui sont aujourd’hui les mêmes pour tous.”

Une politique libérale “suicidaire”

Et si ce combat européen tarde à aboutir ?
T. R. : “On ne pourra rester sans rien faire et laisser opérer une compétition qui se fait sur notre dos. Au-delà de l’Allemagne, il faut qu’on rallie à notre position le maximum de représentants des producteurs européens, certains sont sur la même longueur d’ondes mais attendent que la France prenne les devants au sein du Copa(1). On ne peut plus cautionner un schéma suicidaire même s’il ne s’agit pas de faire sécession avec le Copa. Il faut que derrière les producteurs, le gouvernement, nos parlementaires nationaux et européens défendent le modèle laitier français plébiscité des consommateurs français, européens, et partout sur la planète pour la diversité de ses produits, leur traçabilité, qualité..., comme le montre d’ailleurs la forte demande chinoise. Un modèle français avec des exploitations dont la taille moyenne ne dépasse pas 58 vaches et qui dégagent aujourd’hui des revenus comparables aux élevages du Danemark ou des Pays-Bas affichant des niveaux de production deux à trois fois plus élevés...” 

Nicolas Cussac, responsable de la section lait de la FDSEA 15 :
“La question est vraiment posée aujourd’hui aux politiques : quel modèle laitier souhaitent-ils pour demain... Il ne faut pas oublier que ce n’est pas la France qui est aujourd’hui sur le banc des accusés de la dérégulation entre offre et demande. Ce n’est pas un hasard si nos entreprises ne sollicitent pas de stockage : elles ne croulent pas sous une offre de lait pléthorique... On se pose même la question de savoir s’il faut maintenir une intervention européenne pour soutenir des pays, comme l’Irlande ou d’autres, qui continuent à inonder le marché de lait excédentaire.” 

Quid du marché français que vous avez tenté de stabiliser avec la charte des valeurs laitières ?
T. R. : “Aujourd’hui, on considère que 40 % du lait produit en France est “charté”. Les 60 % restants sont le fait des quatre groupes industriels - Lactalis, Bel, Danone, Bongrain - qui, quoi qu’il arrive, ne signeront pas cette charte, par principe, car elle est proposée par des syndicalistes. Mais aussi car ils sont opposés à toute mention ou différenciation de l’origine, considérant que ce serait un handicap pour exporter. C’est un faux argument car en Italie, en Angleterre,... tout le monde fait pareil et essaie de protéger sa production nationale. Être syndicaliste, c’est aussi faire vivre une économie. Or, rapidement, si les choses ne bougent pas, on peut démolir un pan majeur de l’économie locale dans nos zones.” 

Sans la charte, qu’en serait-il du prix du lait ? 
T. R. : “Quand on a décidé en novembre ce projet, il s’agissait de maintenir le niveau du marché intérieur français à une période où le risque était de le voir s’aligner sur les prix du marché européen. Aujourd’hui, pour les signataires, on est à 260-270 €/1 000 l contre 220-230 € en Belgique par exemple. Ce n’est certes pas l’euphorie mais on a limité les dégâts. Et je constate que certaines PME paient leurs producteurs 320 €, c’est donc qu’il existe bien sur le marché intérieur un potentiel susceptible de renvoyer plus de valeur à la production...

40 % du lait “charté”

C’est à nous de faire vivre cette charte et d’éviter que certains distributeurs qui l’ont signée ne s’achètent une bonne conscience ponctuellement mais restent tentés de faire rentrer du lait belge ou de l’emmental allemand pour tirer les prix vers le bas. Notre réseau doit donc continuer à se mobiliser dans les prochaines semaines et prochains mois pour des visites de vérification dans les GMS et parallèlement à demander des comptes aux entreprises qui ne jouent pas le jeu. Le prix du lait à la production est aujourd’hui inférieur de 100 € à celui de 2014 et le consommateur paie lui le même prix qu’il y a deux ans. Il y a donc bien des marges qui restent quelque part entre l’industriel et la grande distribution...
D’où le rôle majeur des élus de nos départements et des parlementaires pour traduire l’objectif de la charte dans la loi Sapin 2 bientôt en examen. C’est à- dire instaurer un prix d’équilibre qui tienne compte des coûts de production et que le producteur s’inscrive dans le modèle social français. Aujourd’hui, seul le producteur dans la filière ne bénéficie ni de protection, ni de garantie de rémunération, ni de rendement du capital assuré...” 

Et sur le secteur de la restauration hors foyer ?
T. R. : “On est en train de rencontrer tous les acteurs importants de ce secteur, qui sont plutôt demandeurs d’un approvisionnement français. Mais dont certains nous disent aussi qu’ils ne demandent même pas de baisse des tarifs puisque les industriels les leur proposent directement pour gagner des parts de marché sur ces débouchés plus rémunérateurs que les cours produits industriels. Ce qui encore une fois nous conduit à dire aux industriels qu’ils ne peuvent continuer à actionner le prix payé à la production pour conserver leur rentabilité. Il faut qu’ils jouent collectif car même sans la crise, on sait que dans dix ans, la moitié des producteurs de lait français aura arrêté car arrivée à l’âge de la retraite. Et il faut redonner des perspectives aux jeunes, car ils sont encore nombreux à vouloir s’installer en appréhendant différemment le métier.”

Quel est dans cette période critique, votre message aux producteurs cantaliens ? 
T. R. : “On sait que ce qu’ils attendent de nous, FNPL, c’est un prix du lait et nous y travaillons. Mais il faut aussi que chacun, sur son exploitation, se pose les bonnes questions, en s’entourant si nécessaire, pour définir sa stratégie d’adaptation. Nous allons d’ailleurs réunir à nouveau fin mai l’ensemble des OPA qui se sont engagées dans le “pack laitier” pour s’assurer que toutes viennent en soutien des producteurs. Et il faut également que le gouvernement joue son rôle pour aider à passer ce cap. Je dirais aussi aux producteurs cantaliens qu’avec tout le travail sur les AOP réalisé depuis dix ans, qui se concrétise par un prix différencié, ils sont dans le vrai, qu’il faut continuer à se serrer les coudes, à proposer, à ne pas rester inactifs pour construire l’avenir.” 


Propos recueillis par P. Olivieri

(1) Comité des organisations professionnelles agricoles européennes.

Plus d'infos à lire cette semaine dans L'union du Cantal. Droits de reproduction et de diffusion réservés.
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