Patrick Escure : “Il faut garder le pouvoir de décision à l’échelon départemental”

Patrick Escure est éleveur laitier et de salers à Arnac. Il préside la chambre d’agriculture du Cantal et Auvergne-Rhône-Alpes élevage.  Patrick Escure est éleveur laitier et de salers à Arnac. Il préside la chambre d’agriculture du Cantal et Auvergne-Rhône-Alpes élevage.  L'union du Cantal

Face aux enjeux climatiques, territoriaux, de renouvellement des générations, le président de la chambre du Cantal fait valoir le rôle essentiel de cet échelon de proximité.

Les éleveurs du département subissent un nouvel épisode de sécheresse. Comment les aider ?
Patrick Escure, président de la Chambre d’agriculture : “Encore une sécheresse, oui, mais d’une gravité exceptionnelle : l’absence de précipitations depuis le mois de juin s’est accompagnée de températures hors normes, une chaleur exceptionnelle qui s’est prolongée en septembre et octobre. Le niveau des sources et ruisseaux est lui aussi extrêmement bas, comme rarement vu, conduisant à des arrêtés préfectoraux de limitation des usages d’eau. Les agriculteurs sont contraints d’affourager les animaux, certains ont déjà dû les rentrer et c’est un régime d’hiver qui est distribué depuis plusieurs mois.

Des mesures en urgence face à la sécheresse

C’est une situation très compliquée, c’est pourquoi la profession a enclenché, il y a plusieurs semaines déjà, une demande de reconnaissance au titre de la procédure calamités agricoles. Les choses sont en cours, les enquêtes de terrain ont commencé. Au Sommet de l’élevage, le ministre de l’Agriculture a été fortement interpellé sur l’ampleur et les conséquences de la sécheresse dans le Cantal et les départements limitrophes. Nous lui avons demandé des mesures rapides et à la hauteur des besoins. Il est inconcevable que rien ne soit fait dans un tel contexte ! S’agissant de l’affouragement en paille, la question reste très difficile. Au niveau de la Chambre d’agriculture, nous avons travaillé sur des pistes qui peuvent être mises en place dès cet automne : à savoir le recours à une sous-couche de plaquettes forestières avec du calcaire broyé en lieu et place de la paille litière (lire entre autres L’union du 17 octobre).”

Le nouveau ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume, semble plus ouvert sur la question des prédateurs, et notamment du loup, que son prédécesseur (lire en page 19). Que lui demandez-vous ?
P. E. : “Jusqu’à présent, le département, hormis quelques incursions ponctuelles, avait été épargné par les attaques de loup. Cet été, des élevages ovins ont été prédatés avec des conséquences dramatiques. Aujourd’hui, il faut que les agriculteurs concernés soient indemnisés en totalité par rapport aux pertes subies même si cela n’enlèvera pas le traumatisme vécu. Il faut aussi qu’ils soient en mesure de protéger leur troupeau. Par contre, il est hors de question de protéger le loup et d’entrer dans un plan de développement du loup, quel qu’il soit et tel que les pouvoirs publics sont en train d’en imposer dans un certain nombre de régions. Nous sommes une terre d’élevage, d’estive, une des plus grandes prairies de France, incompatible avec la présence du loup.”

Moins visibles actuellement, les campagnols terrestres n’en demeurent pas moins une épée de Damoclès. Comment s’en prémunir ?
P. E. : “Ces dernières années, nous avons connu une invasion d’une ampleur inédite. Une pullulation dont les ravages sur les prairies ont pu, pour la première fois, être indemnisés à un niveau non négligable même si ce n’est jamais pleinement satisfaisant. Parallèlement, plusieurs axes de recherche ont été engagés pour améliorer la lutte ; ces travaux, que nous suivons de près, sont en cours et nous espérons que très rapidement, ils déboucheront sur des solutions efficaces. À court terme, il y a une échéance très importante :  la signature des contrats de lutte FMSE (26 octobre, NDLR). J’appelle une nouvelle fois les éleveurs du Cantal concernés par ce problème des rats à signer ce contrat indispensable pour être indemnisé - à hauteur de 75 % - des moyens de lutte déployés, et obligatoire pour prétendre à une indemnisation de pertes de fourrage potentielles si la lutte ne permettait pas d’éviter les dégâts.”

“Il faut que le pouvoir de décision reste au département”

Le gouvernement semble enclin à accentuer la régionalisation du réseau des Chambres d’agriculture. Faut-il le redouter ?
P. E. : “On entend des rumeurs mais les choses ne sont pas clairement exprimées. Si l’État envisageait effectivement de renforcer le niveau régional au  détriment du département, la question de l’avenir des chambres départementales d’agriculture serait posée. Dans le Cantal,  nous avons œuvré au sein de la chambre régionale Auvergne-Rhône-Alpes pour mutualiser un certain nombre de moyens destinés à faire des économies, comme dans une Cuma. En revanche, nous n’accepterons jamais que les pouvoirs de décision quittent le département et que les orientations pour notre agriculture soient prises à Lyon. Il faut conserver un échelon décisionnel proche des agriculteurs. C’est un enjeu fondamental pour un département très agricole et rural comme le nôtre. L’organisation de l’agriculture à l’échelon départemental, c’est un fondement de la défense agricole. Aussi, dans le contexte de la loi Notre, les responsables agricoles cantaliens se battent depuis des mois pour faire reconnaître cette nécessaire proximité, le rôle des chambres départementales et plus largement de la profession agricole.”

Quels sont les arguments en faveur de cette proximité ?
P. E. : “La chambre d’agriculture du Cantal a un rôle très important pour la transmission des exploitations et le renouvellement des générations via l’installation de jeunes. Nous identifions les exploitants sans successeur et les accompagnons pour préparer et réussir leur transmission. Dernièrement, nous avons noué un partenariat avec l’AOP saint-nectaire pour travailler ensemble sur le renouvellement des producteurs de lait de cette filière. Nous nous organisons aussi pour répondre aux sollicitations des collectivités, communes, communautés de communes... pour les accompagner dans leur projet de territoire. Nous sommes également partenaires du Conseil départemental pour l’approvisionnement des cantines, Éhpad, la restauration hors foyer...

Garder un temps d’avance

Nous avons par ailleurs conduit une réflexion pour permettre aux producteurs fermiers d’accéder à des marchés extérieurs au département, pour toucher des bassins de consommation à fort potentiel. C’est pour cela que nous avons sollicité et obtenu une dérogation en termes de périmètre de commercialisation des produits fermiers. Et puis, il y a tout le travail autour de l’enjeu climatique. Nous sommes partie prenante du programme AP3C avec d’autres départements du Massif central et la chambre du Cantal est pilote sur le programme Beef carbon avec la réalisation de nombreux bilans carbone. L’avenir, ce sera d’avoir des exploitations “bas carbone”, et nous avons une carte à jouer avec notre élevage qui repose sur les prairies et des pratiques favorables. La chambre d’agriculture du Cantal est en avance sur ces sujets, mais c’est l’agriculture du Cantal, qui, nous devons en être persuadés, correspond parfaitement aux attentes de nos concitoyens.”

Propos recueillis par Patricia Olivieri

Plus d'infos à lire cette semaine dans L'union du Cantal. Droits de reproduction et de diffusion réservés.
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